La Catastrophe de Ténérife : Le Crash du XXème siècle! KLM 4805 – Pan Am 1736

Dimanche 27 Mars 1977, l’Archipel des Canaries, lieu paradisiaque s’il en est, s’apprête à vivre l’une des pires journées de son histoire…

Par la bêtise militante du groupuscule terroriste, le MPAIAC (le Mouvement pour l’autodétermination et l’indépendance de l’archipel des Canaries), l’Archipel est sur le point de vivre LE CRASH DU SIECLE !

Ce jour là, l’aéroport international de Gran Canaria, à Gando, près de Las Palmas, est victime d’un attentat à la bombe dans le terminal… La bombe est posée dans une poubelle du fleuriste local… Cet attentat entraine la fermeture au public et aux avions de l’aéroport…

L'Aéroport de Gran Canaria

L’Aéroport de Gran Canaria

Plusieurs appareils sont donc déroutés vers le petit aéroport voisin de Los Rodeos (Aujourd’hui, Ténérife-Nord TFN-GCXO)… Sur place, le trafic était très calme, comme tous les dimanches, et les deux seuls contrôleurs aériens s’apprêtaient à écouter le match Espagne-Hongrie lorsqu’ils ont du accueillir tout ce trafic…

Parmi les appareils déroutés se trouve le vol KLM 4085, en provenance d’Amsterdam. Il est effectué par un Boeing 747-200 immatriculé PH-BUF dont le commandant est Jacob Veldhuyzen van Zanten. Ce type est une figure de KLM… Il apparait sur des brochures marketing de la compagnie et une majorité de pilotes de Boeing 747 chez KLM a été formée par cet homme… Tellement qu’il arrivait que des Personnels Navigants Commerciaux (Les fameux PNC) lui demandent des autographes… Autant dire que dans le cockpit du 747 néerlandais, il y avait un chef et deux sous-fifres… Cela se vérifiera d’ailleurs plus tard…

Le 747 PH-BUF de KLM

Le 747 PH-BUF de KLM

Le petit aéroport de Los Rodeos s’apprête à recevoir un autre « Jumbo-Jet » , le Boeing 747-100, immatriculé N736PA, exécutant le vol Pan Am 1736, en provenance de Los Angeles pilotés par le Commandant Victor Grubbs et le copilote Robert Bragg.

Le 747 N736PA de Pan Am

Le 747 N736PA de Pan Am

Arrivé le premier, Van Zanten demande à la tour de pouvoir faire débarquer ses passagers dans le terminal de l’aéroport. Cela donne des idées à la jeune Robina Van Lanschot, qui habite sur l’île de Ténérife… Les passagers du Pan Am, eux, ne peuvent que descendre aux abords de l’avion, sur le tarmac, grâce à une passerelle, comme le démontre l’image ci-dessous

Les deux Boeing, quelques minutes avec leur collision, sur le taxiway de Los Rodeos

Les deux Boeing, quelques minutes avec leur collision, sur le taxiway de Los Rodeos

Au moment ou Gando ré-ouvre ses portes, le Commandant Van Zanten, stressé par les contraintes horaires imposées aux Pays-Bas, décide de faire le plein de kérosène à Ténérife en attendant que ses passagers réembarquent… A son copilote et son mécanicien qui trouvaient l’idée foireuse, il répondra que c’est lui le commandant et que donc, c’est lui qui prend les décisions… Celle-ci sera lourde de conséquences… Le Pan Am, qui était prêt à partir est coincé derrière le KLM pour 4 petits mètres et doit donc attendre 35 longues minutes que mÔÔÔssieu Van Zanten finisse son plein… Pendant ce temps, la météo se dégrade toujours un peu plus… Le retard au réembarquement de 4 passagers n’arrange en rien les choses…

Le KLM a récupéré tous ses passagers, sauf Robina Van Lanschot, qui a choisie de rester à Ténérife malgré que ses deux amis aient décidé de réembarquer, démarre ses 4 moteurs et commence à remonter la piste 12 pour pouvoir décoller piste 30. A ce moment là, l’aéroport est plongé dans le brouillard…

D’ailleurs, parlons un petit de la situation géographique de l’aéroport de Los Rodeos

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Il est situé au nord de Ténérife (d’où son nom actuel de Ténérife-Nord), aux coordonnées 28° 28′ 58″ Nord 16° 20′ 30″ Ouest et a une altitude de 633m.

Il possède une piste orientée 12/30, de 3394 mètres, un taxiway et 4 bretelles de sortie allant de C1 à C4.

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L’aéroport, bien qu’en altitude, est proche de la mer, et de ce fait, les montagnes longeant les pistes bloquent les nuages, qui sont « coincés » au-dessus de l’aéroport et de la ville, provoquant régulièrement du brouillard sur l’aéroport, qui, à l‘époque, n’était pas équipé de radar au sol.

Le Pan Am commence à remonter la piste peu après le KLM, mais contrairement à ce dernier, qui doit faire demi-tour au bout de la piste, il doit sortir à C3 pour rejoindre l’entrée de la piste 30… Seulement… Le brouillard leur fait louper C2, et croient donc arriver à C3 quand ils arrivent à C4 pour virer… De plus, le fort accent espagnol des contrôleurs peu habitués à utiliser l’anglais les perturbent encore plus…

17 :02 :08 (Tour de Tenerife) – Affirmatif. Pénétrez sur la piste et sortez par le taxiway numéro 3. Troisième à votre gauche.
17 :02 :16 (Copilote PanAm) – Troisième à gauche, d’accord.
De nombreux bruits parasites dans la tour rendent la compréhension difficile.
17 :02 :18 (Mécanicien navigant) – Il a dit la troisième ?
17 :02 :19 (Commandant de bord) – Trois ?
17 :02 :21 (Tour de Tenerife) – ième sur votre gauche.
17 :02 :22 (Commandant de bord) – Je pense qu’il a dit la première.
17 :02 :26 (Copilote) – Je vais lui redemander.
17 :02 :32 (Copilote) – A gauche.

Dans la foulée, le KLM et son chef-président-roi Van Zanten arrivent au bout de la piste 12 et s’alignent piste 30… Je re-cite les boites noires :

17 :05 :45 (Copilote à la tour) – KLM euh… 4805… On est prêt au décollage et on attend notre clearance.
17 :05 :53 (Tour de Tenerife) – KLM 4805, vous êtes autorisé vers la balise Papa. Montez vers le niveau 90 et maintenez. Virage à droite après le décollage et procédez au cap 040 jusqu’à l’interception du radial 325 du VOR de Las Palmas.
17 :06 :09 (Copilote KLM) – reçu, KLM 4805, nous sommes autorisés vers Papa au niveau 90, virage à droite après le décollage jusqu’à intercepter le radial 325 du VOR de Las Palmas. Et nous sommes maintenant…
L’avion a reçu la clearance, mais cela ne signifie pas qu’il a l’autorisation de décoller. Malgré tout, le commandant de bord, très pressé de repartir, commence à mettre les gaz. Il a tout simplement oublié qu’un autre avion était encore sur la piste.
17 :06 :13 (Commandant) : On y va !
17 :06 :19 (Tour de Tenerife) : OK

Mais au même moment, le pilote de la PanAm parle sur la fréquence.

17 :06 :09 (Copilote PanAm) : Non… eh…
17 :06 :20 (Tour de Tenerife) : Attendez pour le décollage. Je vous rappelle.
17 :06 :20 (Copilote PanAm) : Eh… Nous sommes encore sur la piste en train de remonter, Clipper 1736

Mais les deux derniers intervenants ont parlé en même temps sur la fréquence. Du coup, les deux messages se transforment en un long sifflement. Le 747 de KLM prend de la vitesse. 1500 mètres devant lui, le 747 de la PanAm est toujours sur la piste. »
Van Zanten pousse donc les 4 manettes de gaz à fond, en mode « Poussée Décollage » alors que son pauvre copilote est pris de doutes…

17 :06 :32 (Copilote KLM) – Est-ce que c’est dégagé devant ?
17 :06 :34 (Commandant KLM) – Qu’est ce que tu dis ?
17 :06 :35 (Copilote KLM) – Est-ce qu’il a bien dégagé le PanAm ?
17 :06 :36 (Commandant très agacé) – Oh oui !

Sauf qu’il n’a pas dégagé la piste le Pan Am… Il est sur le point de le faire, au niveau de la bretelle C4, confondue avec C3… Quand soudain

L'équipage du Pan Am 1736 voient arriver sur eux le KLM 4805, lancé comme un frelon!

L’équipage du Pan Am 1736 voient arriver sur eux le KLM 4805, lancé comme un frelon!

17 :06 :41 (Commandant PanAm) – (Cris) Le voilà… regardez-le… Ce… ce fils de pute arrive
17 :06 :41 (Copilote PanAm) – (Cris)

L’équipage de la PanAm met plein gaz pour dégager le plus rapidement possible sur la taxiway. Mais c’est trop tard. Les réacteurs d’un 747 mettent un certain temps à répondre, et il leur faut ensuite vaincre l’inertie du monstre de 350 tonnes…
À cet instant, le commandant du 747 hollandais aperçoit le 747 américain en travers de la piste.

17 :06 :47 (commandant KLM) – Oh merde

Van Zanten tire à fond sur le manche, faisant racler la queue sur le tarmac… Mais son avion est très lourd, puisqu’il est lesté de 55 tonnes de kérosène en plus, et à 17h06 et 50 secondes

N736PA (Pan Am 1736) : Bruit de la collision

PanAm-KLM-impact

Le Boeing 747 de la KLM va venir percuter le Boeing de la Pan Am sur son travers à près de 300 km/h en milieu de piste, malgré une tentative de décollage anticipé de dernière seconde du pilote de la KLM dès que celui-ci aperçoit l’avion de la Pan Am.

Les deux géants de 350 tonnes se percutent. Le diabolo avant du train d’atterrissage percute le flanc droit du 747 de PanAm, déchirant le fuselage.

L’aile gauche coupe la dérive au ras de la gouverne de direction. Les passagers du 747 américain voient les cloisons s’ouvrir autour d’eux, le plafond disparaître, le plancher s’effondrer. Les réservoirs de l’aile droite sont déchirés et le carburant s’enflamme.
Le 747 de KLM s’élève légèrement avant de retomber complètement disloqué sur la piste.

La seule survivante du vol de la KLM est Robina Van Lanschot qui souhaitait se rendre aux Îles Canaries où elle travaillait, et qui n’avait pas rembarqué malgré les ordres de la compagnie.

Du 747 de la PanAm, quelques personnes parviennent à s’échapper de la carcasse brûlante. Soixante-et-une personnes (dont le commandant de bord et les autres membres de l’équipage qui étaient dans le cockpit) sur 396 survivront. L’incendie est épouvantable. La chaleur est telle que le brouillard disparaît dans un rayon d’un kilomètre autour du sinistre.

La collision, suivie de l’embrasement des appareils, a coûté la vie à 583 passagers et membres d’équipage.
Parmi les victimes se trouvait notamment Eve Meyer, l’épouse du réalisateur Russ Meyer, qui avait été Miss Juin 1955 dans le magazine Playboy.

Les enquêtes ont mis en évidence 9 facteurs qui ont causé la catastrophe… Un de moins, et l’accident n’avait pas lieu… Les voici :

1 – L’attentat contre l’aéroport de Las Palmas par un groupe qui ne pensait, avec cet attentat, qu’à mettre le bordel pour tenter d’obtenir gain de cause…

2 – Le déroutement vers un aéroport régional en effectif réduit, puisque Dimanche, pas équipé pour recevoir un trafic important, et encore moins des 747, avec des contrôleurs compétents, mais pas habitué a gérer autant d’avions à la foi.

3 – Les deux facteurs précédents, ajoutés à la pression commerciale et aux contraintes horaires hollandaises (pour KLM), ont générés un stress important chez les pilotes. D’autant plus que Van Zanten devait ramener son 747 le soir même à Amsterdam et qu’une attente prolongée l’aurait cloué au sol et aurait obligé KLM à loger ses passagers dans les hôtels environnant…

4 – Le Kérosène : Pressé comme il était, Van Zanten a demandé à faire le plein à Los Rodeos, pour gagner du temps à Las Palmas. Hors, s’il ne fait pas le plein, il décolle 30 minutes plus tôt, avec un brouillard bien moins épais…

5 – Le Brouillard justement… Comme je l’ai signalé plus haut, la situation géographique de l’aéroport fait qu’il est régulièrement sujet au brouillard… les nuages qui viennent de l’atlantique se retrouvant coincés par les massifs qui entourent l’aéroport… En cette période, la visibilité peut passer de 10 kilomètres à 3 en 20 minutes… Il en faut moins que ça pour passer de 3 kilomètres à 700 mètres…

6 – La technologie… Ou plutôt, l’absence de technologie… Si aujourd’hui, Ténérife Nord est équipé d’un radar au sol, ce n’était pas le cas à l’époque… Les contrôleurs devaient se contenter des positions que les équipages des avions leur transmettaient… Avec un radar au sol, Fernando Azcunaga, un des deux contrôleurs, aurait vu l’entame de décollage du KLM et aurait pu le stopper dans sa course folle vers la mort…

7 – La confusion : La langue internationale, en aéronautique, est l’anglais, et nos contrôleurs d’aéroport régional avaient un très très fort accent qui a entrainé des problèmes de compréhension lors des communications radios… Outre le fait que, pour un 747, la bretelle C4 était bien plus praticable que la C3…

8 – Le chevauchement des messages : Au moment critique, 28 secondes avant la collision, tout le monde à parlé en même temps. Quand le copilote de la KLM a dit au contrôleur qu’ils étaient prêts à décoller, le contrôleur a répondu :

17 :06 :19 (Tour de Tenerife) : OK
17 :06 :20 (Tour de Tenerife) : Attendez pour le décollage. Je vous rappelle.

Sauf qu’après le « OK » du contrôleur, Robert Bragg a dit :

17 :06 :20 (Copilote PanAm) : Eh… Nous sommes encore sur la piste en train de remonter, Clipper 1736

Ces deux derniers messages ont été émis au même moment, ce qui fait que Van Zanten n’a entendu qu’un long sifflement au lieu de ces deux messages cruciaux…

9 – Peut être la plus importante… A cette époque, la hiérarchie, surtout en Europe, était très stricte : Le commandant était le seul maitre à bord et il a toujours raison… Hors, cet accident a prouvé le contraire et entrainé de nombreux changements à ce sujet.

Avec Van Zanten, c’était pire. De l’aveu de sa fille, bien que loin d’être un dictateur, ses avis étaient très tranchés et il avait un fort caractère. Les doutes de l’OMN et du Copilote n’ont d’ailleurs pas eu la moindre influence sur lui.

Selon Jan Reijnoudt, auteur néerlandais d’un livre nommé « Tragédie à Ténérife » , un Officier Mécanicien Navigant n’a pas à obéir au Commandant… S’il estime qu’un vol doit être stoppé, le vol doit être stoppé. De nos jours, les OMN sont en voie de disparition, l’informatique embarquée à bord des avions faisant le boulot de l’OMN…

Ces 9 causes différentes, clairement identifiées, ont conduits à la Catastrophe, mais aucune n’explique à elle seule, la catastrophe… Malgré tout, le rapport d’enquête désigne comme cause principale de l’accident, la décision du Commandant Van Zanten de décoller sans autorisation.

Van Zanten était pourtant compétent, pilote-instructeur sur 747 avec 11700 heures de vol, sans tendance suicidaire. Raisonnablement, on peut penser que lorsqu’il a mis les gaz, il pensait en avoir l’autorisation et pensait sincèrement que la piste était libre… On ne connaitra jamais la cause précise de son erreur puisqu’il a emporté la réponse à cette interrogation dans la tombe… Nous ne pouvons que la supposer…

Cette catastrophe a entrainé de nombreux changements dans l’aviation commerciale : Les radars sol se sont multipliés (même si un gros aéroport comme Milano-Linate en a été équipé très tard, après un accident), le vocabulaire utilisé entre pilotes et contrôleurs a été clarifié avec, entre autres, la répétition systématique par les pilotes à la tour de contrôle des ordres entendus, et les rapports hiérarchiques dans les cockpits ont été complètement repensés…

Bonus Track : Un reportage de la TV espagnole

Des survivants du Pan Am 1736

Des survivants du Pan Am 1736

L'équipage de la Pan Am

L’équipage de la Pan Am

Plan des débris

Plan des débris

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sources: Wikipédia, Google Images, Reportage « Le Crash du siècle »

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2 Commentaires sur “La Catastrophe de Ténérife : Le Crash du XXème siècle! KLM 4805 – Pan Am 1736

  1. Il y a aussi le fait que lorsque les pompiers ont été informé, ils ont tracé sur l’avion de la KLM alors qu’il n’y avait déjà plus âme vivante alors que dans celui de la Pan Am il y avait plein de passagers en vie qui ont bien eu le temps de brûler avant l’arrivée dzs pompiers 🙁

    En Tout cas je souhaite me condoléances au familles

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